Tribune
| 2013-02-01 | 20:55Les dernières élections législatives du 1er juillet dernier ont eu ceci de singulier qu’elles ont charrié un vent de renouveau et de recomposition politique d’une originalité remarquable dans l’espace politique sénégalais, certes, mais elles ont surtout permis d’éventrer le secret qui se cachait derrière la force de frappe électorale des mouvements citoyens.
A ce propos, un mouvement a particulièrement attiré l’attention de l’ensemble des observateurs, tant nationaux qu’internationaux, mais surtout celle de la classe politique locale pour avoir été la révélation des dernières élections. Il s’agit du Mouvement Bës Du Nakk.
L’incursion de Bdn dans l’arène des conquêtes politiques, à la faveur des dernières législatives, n’en continue pas moins d’interloquer plus d’un analyste politique et de poser une équation à multiples inconnues dont l’avenir immédiat ne manquera pas de nous fournir des réponses qui pourraient être tout aussi surprenantes.
La particularité de ce qu’il est désormais convenu de cataloguer comme le nouveau pole émergent de l’espace politique est dans son indépendance d’appréciation libre des événements et des situations. La force désormais incontestable de ce mouvement qui a conquis sa place aux côtés des grands partis et coalitions de partis tient tant à la personnalité singulière de son leader qu’à sa démarche politique originale fondée sur l’autonomie de fonctionnement, la prise de risques, la témérité et la verte sincérité du langage.
La surprise créée par Bës Du Niakk vient du fait que dans ce qui est, abusivement ou non, interprété comme un «partage du gâteau» post-alternance, le mouvement de El Hadj Mansour Sy Diamil qui n’était attendu presque nul part par une bonne partie de l’opinion et même de la classe politique (y compris par les dirigeants de la coalition majoritaire), est venu, pour ainsi dire, mettre les pieds dans le plat en coiffant au poteau les coalitions de partis, autant que des coalitions multipolaires dont les chances, réelles ou supposées, étaient, au départ, et pour des raisons évidentes, sans commune mesure avec les siennes.
Seul grand parti à l’hémicycle
Cette ligne de conduite qui est celle de la foi en soi-même et de la fermeté sur ses propres convictions est une leçon magistrale servie à toute la classe politique et doit servir de fil conducteur pour baliser l’avenir de toute organisation politique et/ou syndicale nourrissant des ambitions nationales, surtout de tous les Mouvements citoyens qui ont la prétention de nous convertir au modèle NTS (nouveau type de sénégalais).
Sans background politique autre que celui solide de son leader et de quelques uns de ses proches collaborateurs, sans moyens financiers à la hauteur de ses ambitions ou comparables à ceux de ses rivaux et, malgré une confection de listes faite en catastrophe et une campagne électorale tout aussi improvisée, Bës Du Niakk n’en est pas moins devenu, pour trois raisons au moins, la principale force organique de notre Parlement :
1°) Bdn est la seule liste à avoir obtenu quatre députés sans avoir eu besoin de s’encombrer d’un seul allié et avec une présence minimaliste dans quatre (4) régions sur quatorze (14) et dans neuf (9) départements sur quarante-cinq (45) là où les coalitions ayant obtenu plus ou autant de députés que lui (à savoir BBY, Sopi et Gis-Gis) avaient aligné, dans l’ensemble des départements, des candidatures appuyés par des moyens financiers quasiment illimités et une logistique on ne peut plus impressionnante mis à la disposition d’une flopée de responsables de haut rang qui ont, pour la plupart, exercé ou exercent encore le pouvoir avec ce que cela peut comporter de privilèges, de moyens d’influence et de prébendes de toutes sortes.
2°) Rapportés aux 45 départements que compte le Sénégal, les quatre députés obtenus dans 9 localités équivaut, proportionnellement, à 30 élus si ce Mouvement avait eu le temps de préparation nécessaire pour couvrir l’ensemble des circonscriptions électorales. Individuellement pris, rares seraient les membres de cette coalition qui, dans les mêmes conditions, aurait dépassé deux ou trois députés.
3°) Bdn a réussi à faire pièce à la forfaiture de ses alliés de Benno Bokk Yakaar qui ne lui proposaient pas plus d’un seul et unique poste dans leur liste.
D’avoir eu le courage et la lucidité de cracher sur ce quota injuste qui ne reposait sur aucune clé de répartition connue n’a fait qu’ajouter aux mérites de Bës-Du-Nakk.
Du reste, les absences du Parlement de mouvements et de partis alliés comme ceux de Landing Savané, Ibrahima Fall, Cheikh Tidiane Gadio, entre autres, reconnait pour cause essentielle d’avoir manqué de cette témérité et de cette réactivité dont Bdn a fait preuve pour cracher sur les propositions de BBY avant de jouer son va-tout en soumettant ses propres listes à la sanction populaire.
3°) En se présentant sous sa propre bannière, Bdn est la seule réelle grande formation politique de la présente législature si l’on considère qu’une coalition (quelles que soient ses forces) n’est qu’une entité provisoire et non un parti politique et que Bdn a gagné ce laurier d’exclusivité et de représentation en s’abstenant d’altérer sa dénomination, en se refusant de travestir ses propres couleurs et attributs, contrairement à tous ces partis supposés «historiques» ou détenteurs de «majorités» réelles ou factices qui ont choisi de se mettre en «sécurité » en trouvant refuge dans des coalitions qui leur ont fait perdre, à la fois, leur âme, leur autonomie et leur personnalité politique.
Ainsi, par ce jeu de sécurisation et d’instinct de conservation, ni l’APR ni le Ps ni l’AFP ni Rewmi encore moins leurs affidés et satellites ne peuvent revendiquer une quelconque présence à l’Assemblée nationale sous leur propre dénomination. Tous et toutes doivent se mordre les doigts en constatant qu’ils sont historiquement absents de cette 11e législature où cette coalition hétéroclite et de phagocytose dénommée Benno Bookk Yakaar ne les représente guère à la dimension de leur vécu et de leur histoire politique.
Les héros du 1er juillet
De toute évidence, les résultats que le Mouvement Bës-Du-Niakk a obtenus dans des conditions particulières d’impréparation et d’improvisation en occupant la deuxième place presque partout, ont fait de ses partisans les véritables héros du 1er juillet 2012.
Ces résultats ont été, aux dépens des autres formations politiques, un indicateur du ras-le-bol généralisé des populations qui, en faisant confiance à ce mouvement citoyen original, manifestent par là même leur dégoût et leur déception mais surtout leur aversion pour les forfaitures répétitives d’une classe politique dont la fraiche actualité sur la traque des biens (bien ou mal acquis) suffit à camper la perfidie du comportement et des lubies exécrables.
L’une des leçons à tirer de ces cruelles réalités est que, désormais, ce trouble-fête que constitue Bës-Du-Nakk vient heureusement créer une césure profonde dans cette perpétuelle bipolarisation de l’espace politico-électoral entre socialistes et libéraux et qui, en quelques d’années de leur règne, ont démontré qu’ils n’étaient que de piètres frères siamois.
La ferveur manifestée par l’électorat en faveur de Bdn se fonde sur les immenses espérances d’un changement de fond en comble de notre code de conduite politique, de la refondation de notre système de gouvernance et de la reconstruction du socle moral et éthique aujourd’hui extraverti sur lequel, hélas ! reposent nos modèles tant législatifs qu’institutionnels et dont le maintien du système majoritaire de liste, tant pour les législatives que pour les élections locales, est la manifestation la plus criarde et le plus injustifiable au regard du niveau atteint par notre démocratie.
En effet, sous quelque prétexte que ce soit, il n’est pas admissible que dans un système supposé démocratique, l’obtention de 40 % d’électeurs puisse donner droit à 80 ou 90 % de députés, de conseillers ruraux, municipaux ou régionaux au détriment des autres. Ces dispositions iniques sont d’autant plus urgentes à abroger qu’elles ne sont que les vestiges de l’ancien régime socialiste qui les avaient instaurées pour se donner les garanties d’une main basse sur les institutions en se jouant de la division des autres forces politiques. En cherchant à en profiter par leur maintien, le Pds vient d’en faire les frais.
Bës du Niakk face à l’histoire
Les espérances populaires que Bdn ne saurait négliger s’inspirent, sans aucun doute, de la volonté prouvée et des sacrifices endurés par son fondateur qui vient de démontrer sa capacité à se débarrasser de ses étiquettes de dignitaire religieux pour jouer le rôle de messie en devenant, par la force de son patriotisme et de ses convictions viscérales, le porte-étendard d’une nouvelle race de brain-trusts politiques décidés à être les précurseurs et pionniers d’une nouvelle méthode de gouvernance vertueuse ayant comme axe central l’éducation, la souveraineté monétaire, la promotion de l’idéal panafricaniste et le patriotisme économique.
Et curieusement, il y a comme un sursaut populaire fondé sur une obligation de participer activement à cette série de combats qui, inévitablement, s’engagera pour assainir nos mœurs politiques et sociales, pour réformer notre façon de faire, pour restaurer les valeurs fondamentales de la République dont le caractère aujourd’hui extraverti coule de source. Tant et tant de gravissimes impairs et incongruités qui ont noms : prévarication, imposture, corruption, mal-gouvernance, gabegie, spoliation du patrimoine foncier, perversion des mœurs politiques.. le tout se résumant à cette dramatique absence de fibre patriotique sans laquelle le développement de notre pays restera une gageure et l’émergence de l’Afrique un éternel mirage puisqu’il reste évident qu’«aucun pays au monde n’a pu se développer en échappant totalement au nationalisme au cours de son histoire» (Abraham Lincoln).
L’adhésion de plus en plus massive derrière El Hadj Mansour Sy Diamil et son mouvement, trouve ses meilleures justifications dans la conviction largement partagée que seul des profils d’intellectuels multilingues et des dirigeants de son expérience, de sa sensibilité et qui, plus est, tirent leurs références de sources, d’un vécu et d’une croyance basée sur des valeurs hautement éthiques et morales et dont l’éducation de base et les origines à la fois culturelles et cultuelles sont les soubassements et les aiguillons de l’engagement citoyen, peuvent faire connaître à notre pays les mutations ainsi que les vrais, les durables et crédibles changements dont il a besoin pour changer la trajectoire de son destin.
Cette réalité aussi tenace que cruelle pointe le curseur des urgences sur les responsabilités historiques, les obligations et les chantiers de conquêtes politiques qui attendent Bës-Du-Niakk. Ces défis majeurs qui se dressent devant lui sont aussi nombreux que les problèmes et enjeux dont le dénouement conditionne un décollage qui ne saurait être ajourné ad vitam aeternam.
Le cas bienheureux de Hélène Tine
En mettant la main à la pâte pour jouer le rôle d’aiguillon et d’éveilleur de consciences, El Hadj Mansour Sy Diamil vient d’indiquer à l’élite politique passé, présente et émergente le vrai sens qu’elle doit donner à ses ambitions, à son itinéraire autant qu’à son combat pour le Sénégal et pour l’Afrique de nos rêves.
Et il y a un ensemble de facteurs, de signaux et de paradigmes annonciateurs du déclenchement de ce combat qui, inévitablement, s’engagera un jour ou l’autre dans le sens d’un assainissement de nos mœurs politiques, pour un reformatage de notre façon de faire de la politique et pour une restauration des valeurs fondamentales de la République dont le caractère extraverti et la banalisation dérangent au plus haut point.
La propulsion au-devant de la scène parlementaire de ce vrai martyr des hypocrisies politiques qu’est Helène Tine est entrée dans la logique d’ouverture et de rassemblement de ce mouvement. Elle reflète, qui plus est, son esprit œcuménique d’ouverture, de large fusion des grandes sensibilités en permettant, du même coup, à El Hadj Mansour Sy de déjouer avec élégance les plans de diabolisation et de stigmatisation qui tentaient de faire oublier son relief intellectuel exceptionnel pour ne présenter le petit-fils de Maodo que comme un «simple religieux» incrusté dans la politique au gré du hasard et des circonstances de sa croisade victorieuse contre le régime de Wade alors qu’aucun de ces sournois cols blancs ne peut rivaliser avec lui dans quelque domaine intellectuel que ce soit.
Et en favorisant la présence à l’Assemblée nationale de l’unique femme chrétienne de l’hémicycle, El Hadj Mansour a permis au Sénégal de sauver la face et de confirmer sa réputation de pays de tolérance et de fraternité inter-religieuse. Il n’a pas moins prouvé le caractère syncrétique de sa démarche dépouillée de toute préoccupation religieusement tendancieuse comme pour rappeler le soutien mémorable des vénérés Serigne Babacar Sy et Serigne Fallou Mbacké à Léopold Sédar Senghor face à leur propre coreligionnaire Lamine Guèye.
Et voilà, me semble-t-il, autant de raisons on ne peut plus pertinentes pour tous ces milliers de Sénégalais de se décider à ne pas rater l’occasion d’écrire quelques unes des lignes de cette belle page d’histoire que Bës Du Niakk est en train d’ouvrir sur notre commun avenir.
Curieusement, cette histoire ressemble tant à cet itinéraire que El Hadj Mansour Sy s’échine, depuis sa prime jeunesse, à imprimer à son combat politique et citoyen dans les mouvements de gauche d’ici et d’ailleurs, quelquefois au mépris de son statut de chef spirituel à l’érudition reconnue qui n’en refuse pas moins de se calfeutrer dans le confortable rôle de prêcheur et d’illustre guide religieux insensible aux calvaires que des «politichiens» perfides font injustement subir à ses compatriotes.
Cet engagement de milliers de Sénégalais aux côtés du Guide de Fass lors des législatives peut être interprété comme la traduction d’une sympathie et d’un devoir de reconnaissance et de gratitude des électeurs à l’endroit d’un homme qui s’est rangé de leur côté à des moments de peines, d’interrogations et de tourmentes inouïes.
Mais la réalité du mauvais chemin que le Sénégal a emprunté depuis 1960 est illustrée par cette valse d’ignobles malfaiteurs et de vandales du patrimoine public qui se succèdent à la tête de notre pays depuis son Indépendance sans nous faire entrevoir la moindre chance d’avancement et/ou de perspectives émancipatrices.
Cette dégradation de nos mœurs sociales et politiques est à la dimension des scandales en série qui, d’un gouvernement à un autre et d’une clique de politiciens à une autre, ne font que jeter une lumière sur l’urgence de mettre hors d’état de nuire les dirigeants qui incarnent, de façon itérative et éhontée, ces comportements pervers jamais punis, hélas !
Une telle réalité tout aussi tenace que cruelle pointe le curseur des urgences sur les défis, les obligations et les chantiers politiques qui attendent Bës-Du-Niakk et tous les mouvements et partis qui, de gauche ou de droite, font de la morale, de la solidarité et de l’éthique dans la gestion des biens publics leur crédo et leur sacerdoce dans un Sénégal qui donne l’impression de ne pas avoir besoin de ses citoyens de qualité en continuant d’accorder leurs suffrages à des gus qui n’ont jamais donné le moindre gage de compétence, d’honnêteté et de bonne foi.
Pour toutes ces raisons, nos chances de voir le bout du tunnel s’éloigneront de plus en plus tant que la restauration de certaines valeurs ne connaîtra pas son aboutissement avec l’accès au pouvoir d’une nouvelle classe d’iconoclastes déconnectés de cette culture extravertie dont le seul «mérite» est d’avoir enfanté cette race de décideurs insensibles à la précarité, au dénuement et à l’indigence de leurs semblables.
Un éternel mirage
L’urgence de cette échéance de changement est renforcée par l’ampleur des désastres successifs que les régimes précédents nous ont laissés en héritage. Les gouffres creusés par ces frasques itératives ont atteint des profondeurs si abyssales qu’ils doivent renforcer l’engagement de tous à choisir le bon côté qui n’est autre que celui où se situe le peuple tel que l’a démontré et incarné le leader de ce Mouvement qui a joué un rôle reconnu par tous comme décisif dans l’avènement de l’alternance qui a porté le président Macky Sall à la tête du pays.
Contrairement à ce que l’on peut penser, les grands chantiers du régime actuel sont davantage sur le champ moral et éthique que sur le terrain économique ; et la négligence de ce facteur de bonne gouvernance a produit les monstruosités qui ont noms : prévarication, imposture, corruption, mal-gouvernance, gabegie, spoliation, meurtres, impunités, perversion des mœurs sociales et politiques …, le tout se résumant à cette dramatique absence de désintéressement, d’éducation civique et de fibre patriotique. Toutes choses sans lesquels le développement de notre pays restera une gageure et celui de l’Afrique un éternel mirage.
Ceci amène à se poser une multitude de questions : pourquoi ce pays naguère connu par tous pour la qualité de ses hommes n’a pas besoin de ses citoyens les plus honnêtes et les plus compétents pour présider, enfin, à ses destinés ?
Pourquoi la médiocrité a le vent en poupe dans un pays qui a produit les premiers cadres du continent et qui compte encore le plus grand nombre d’universitaires dans toutes les matières ?
Pourquoi ce pays exceptionnel sous tous les rapports stigmatise et méprise-t-il ses citoyens porteurs de valeurs intrinsèquement rédemptrices ?
Pourquoi le Sénégal snobe ses hommes et femmes de valeurs et dont la compétence nous a valu d’occuper les postes et fonctions les plus hautes dans toutes les institutions internationales et dont les fils peuplent aujourd’hui encore les plus grands instituts et universités du monde ?
Au constat des choix opérés par l’actuel régime sur les hommes qui nous représentent aujourd’hui dans certaines institutions internationales, force est de reconnaître, pour le déplorer avec amertume, le gravissime recul que le Sénégal est en train de faire à travers un casting d’une médiocrité insoutenable.
Face à des pays africains qui envoient dans ces institutions (parlement de la francophonie, O.C.I, Parlement panafricain, Cedao, Uemoa) des élites et des universitaires émérites, des parlementaires et sommités intellectuelles aguerris maîtrisant aussi parfaitement les enjeux politiques, économiques, diplomatiques et géostratégiques que renferment les dossiers sensibles de l’heure et qui, plus est, manient aisément les langues de communication les plus usitées en Afrique (anglais, français et arabes) voilà que le Sénégal s’illustre, lui, par la médiocrité de ses plénipotentiaires en se singularisant par des choix catastrophiques fait à la tête du client et qui jurent d’avec la belle et légendaire réputation qu’il avait naguère dans le monde pour la qualité exemplaire de ses ressources humaines.
Cette question du profil de nos représentants dans les instances internationales est fondamentale pour la reconquête de notre leadership continental qu’une politisation exacerbée voire naïve nous a fait perdre depuis belle lurette.
Et il faut regretter que les choix opérés par l’actuel régime depuis le palais présidentiel et non par les instances législatives compétentes, ne donnent aucun signe d’une rectification salutaire quant à la position de plus en plus marginale, voire ridicule, du Sénégal sur la scène continentale et mondiale. Tant et tant de gravissimes impairs, d’incohérences et d’incongruités qui étalent devant nous des vices qui font la risée d’un Sénégal subitement devenu méconnaissable.
Jalousie, ostracisme et arrogance
De même de l’absence de nos principaux centres de décisions (gouvernement, directions, services et cabinets) d’hommes et de femmes de valeur dont le Sénégal regorge et a besoin pour redresser ses agrégats constitue une tâche noire sur blason du nouveau chef de l’Exécutif. Éduqués et formés à la sueur de nos fronts, El Hadj Mansour Sy Diamil, Ibrahima Fall, Cheikh Tidiane Gadio, Idrissa Seck, et des centaines d’autres cadres ont leur place ailleurs que dans la rue.
Même s’il est évident qu’il ne manque pas dans l’entourage du président un contingent d’hommes ostracistes et jaloux qui veulent se libérer de leur complexe par une mise en quarantaine de partenaires politiques comme Bës-Du-Nakk, il n’en demeure pas moins évident que les victoires futures se construiront inévitablement avec des formations politiques et des partis sortis des flancs du mouvement citoyen et patriotique.
Tant pour Bdn que pour «Y’en-a-marre» les chances d’une refondation nationale reposeront inéluctablement sur leurs capacités à conquérir et à occuper de plus en plus d’espaces politiques et citoyens dans l’ensemble des régions, des départements, des arrondissements et des communautés rurales du Sénégal.
Notre conviction est qu’avec ou sans alliance cette performance et cette incursion victorieuse sur la scène politique de Bdn sont de nature à légitimer l’extension de ses ambitions à la conquête de plus grands nombres possibles de Municipalités en 2014, puisque, de façon manifeste, les milliers d’électrices et d’électeurs qui lui ont apporté leurs suffrages assignent clairement à ce mouvement le devoir et l’obligation de jouer les premiers rôles et d’être l’ombre portée de leurs espérances et de leurs aspirations futures.
Responsabilité nationale
Cette responsabilité du mouvement citoyen s’étend au rôle de sentinelle des acquis démocratiques qui sont le fruit de conquêtes populaires et des sacrifices suprêmes que nous avons connus avec pas moins de treize martyrs laissés sur le chemin des conquêtes démocratiques.
Par la témérité et l’efficacité discrète de ses dirigeants, Bdn est en train de démontrer la pertinence de sa ligne politique et de prouver qu’il ne manque pas d’hommes et de femmes de qualité ayant le cran, l’alan et les dispositions intellectuelles et morales pour gagner la grande bataille de l’assainissement des mœurs politiques aujourd’hui mises sens dessus dessous.
Dès les prochaines élections régionales, municipales et rurales, El Hadj Mansour Sy et ses hommes devraient démontrer leurs capacités à assumer ces responsabilités historiques en traduisant, au niveau local, une ambition nationale que, désormais, les populations lui assignent.
L’atteinte de cet objectif suprême est assujettie à ses capacités à s’organiser, à faire fonctionner correctement ses structures et instances, à décliner, avec clarté, sa vision de notre avenir immédiat par des offres politiques cohérentes, à proposer des projets de gouvernance clairs et réalistes mais surtout à asseoir une bonne stratégie de communication ciblée et d’immersion sociale réaliste.
Sous ce rapport, nous pensons, avec les réserves d’usage, qu’il est arrivé pour BDN le moment de dépasser son statut actuel de Mouvement politique pour faire une franche mutation vers celui de Parti politique organisé et de tirer les leçon de son appartenance à la coalition Benno Yokk Yaakar au regard de sa curieuse absence des instances exécutives que sont le gouvernement, l’Etats et leurs démembrements au profit de personnalités apocryphes et de partis à la représentativité plus que douteuse voire nulle.
Il ne devrait pas être question pour Bës-Du-Niakk de quémander des prébendes mais de revendiquer des dévolutions de pouvoirs au prorata de la représentation de chaque entité ayant contribué à l’avènement de l’alternance tout en sachant que la «loyauté est une qualité admirable, mais il lui manque une base de réalisme et que c’est un signe de naïveté s’il n’y a pas réciprocité» (Max Weber).
L’opinion publique autant que les tenants du régime sont convaincus qu’un seul poste dans le bureau de l’Assemblée nationale ne récompense que trop mal la contribution et les efforts déployés ou encore les sacrifices qu’El Hadj Mansour Sy a endurés, à ses risques et périls, pour précipiter le renversement du défunt régime.
«Yoonu Yookuté » a été battu
A ce propos, il importe de relever les amalgames que les partisans du président Macky Sall et de l’APR continuent de distiller, du reste, de façon si maladroite.
C’est, à ce propos, une lapalissade que d’affirmer que le programme sur lequel le président Macky Sall a été élu est loin d’être celui de «Yonu Yokuté» présenté (au premier tour) par la coalition «Macky-2012».
Si ce programme a obtenu 26 % des suffrages au premier tour, cela signifie qu’il a été rejeté par 74 % des Sénégalais.
Certes, le «Yoonu Yokkuté» avait devancé d’autres programmes. Par contre, il a été surclassé et battu par celui du candidat Abdoulaye Wade auquel 32 % de Sénégalaises et de Sénégalais avaient accordé leur faveur au premier tour.
Autrement dit, s’il fallait appliquer et gouverner sur la base d’un seul des 14 programmes du premier tour, ce ne serait pas celui de «Yoonu Yokuté», mais bien celui de la coalition SOPI qui, quoique démagogique et guignolesque, avait devancé ses 13 concurrents.
C’est dire qu’il faut avoir une culture politique bien mince et une mentalité obtuse pour prétendre que le candidat qui a obtenu 66 % au deuxième tour a été présenté par la coalition «Macky-2012» qui était déjà tombé en désuétude au profit du programme des Assises nationales et du «gagner ensemble, gouverner ensemble».
Et c’est faire preuve d’arrogance et d’outrecuidance que d’exiger de ses alliés et partenaires d’une coalition qu’ils apportent leur contribution à la défense eet à l’illustration d’un «Yoonu Yokuté» qu’ils n’ont jamais présenté, dont ils ne se sont jamais réclamés et auquel seuls 26 % des électeurs ont plus ou moins cru.
Les programmes du premier tour étant donc hors de cause, c’est bien sur la base des Assises nationales, dont se réclamaient tous ses soutiens, que le président Macky Sall a été bel et bien élu.
La preuve de cette évidence a été donnée par son empressement à aller signer la Charte dès la proclamation des résultats du premier tour ; et il faut bien se demander pourquoi toutes les affiches et documents de propagande conçus et présentés pour la campagne électorale du deuxième tour, portaient indifféremment les effigies de l’ensemble des treize (13) candidats opposés à la candidature de Wade alors qu’aucun d’eux n’appartenait à «Macky-2012» et n’a jamais défendu le «Yoonu Yookuté» qui étaient déjà caduques et inopérant.
Persister à se réclamer d’un programme méprisé et rejeté, dès le premier tour, par 74 % des Sénégalais (le «Yoonu Yokuté») est donc la meilleure façon de fragiliser cette coalition déjà bancale, de démontrer une ridicule ignorance de la réalité et d’une impardonnable cécité politique.
Ainsi, les «cadres» de l’APR gagneraient à ne pas continuer à étaler sur la place publique leur immaturité politique en persistant à se réclamer d’un programme auquel un nombre lilliputien d’électeurs avait accordé un crédit d’une épaisseur si peu honorable.
De toute évidence, si, au deuxième tour, le score du président Macky Sall a été rendu historique par l’étendue des soutiens dont il a bénéficié, son suffrage du premier tour ne l’a pas été moins puisqu’aucun candidat ne l’a jamais emporté au second tour à partir d’un si ridicule niveau de représentativité personnel (25 %).
Au-delà de la malhonnêteté intellectuelle qui se cache derrière les arguties des nouveaux thuriféraires du palais, nous sommes, désormais, de plus en plus, face à des velléités de sabotage de la coalition par ces apprentis faucons grisés par des postures dont ils semblent avoir tant de mal à démontrer le mérite.
La phobie des Assises nationales
De telles attitudes ostracistes sont une autre façon de trahir la confiance que le peuple fonde sur l’application des Assises nationales qui, en tant que seul document paraphé par tous les acteurs de l’Alternance, doit demeurer, pour la coalition au pouvoir, le point de départ d’un questionnement pluriel voire consensuel sur l’avenir du pays en tant qu’unique référence programmatique bénéficiant de l’onction de 66 % des électeurs et de l’estampille du peuple souverain.
La phobie que manifeste l’Exécutif à l’égard de ce document de référence à laquelle on tente de substituer un «Yoonu-Yookuté» sans consistance explique les hésitations, les atermoiements et l’incapacité du pouvoir à prendre en charge les questions essentielles sur lesquelles il est attendu par tous.
L’adhésion massive des citoyens à l’action de salubrité publique engagée à travers les audits en cours donne une idée de l’obligation qu’ont les autorités à aller jusqu’au bout de cette opération en traquant, en punissant et en faisant rendre gorge les malfaiteurs qui ont dilapidé, volé et délesté notre pays de l’essentiel de ses ressources tant financières que foncières.
De cette question cruciale dépend tant l’avenir de la coalition au pouvoir que les capacités du régime à résister aux pressions sociales et aux affrontements que la désillusion générale ne manquera pas, prématurément, de faire naître tous azimuts avec les forces sociales, organisées ou non.
«Benno Bokk Yakaar» ne pourrait survivre à la suprême forfaiture consistant à bâcler ces dossiers d’audit et à ne pas mener à son terme attendu des ruptures dont certaines passent nécessairement par un courageux toilettage à faire subir à certaines lois et décrets on ne peut plus scélérates.
De toute évidence, on ne saurait, non plus, faire l’impasse sur la restitution de l’ensemble des terres dont ces prédateurs s’étaient accaparé, ou manquer de rétablir dans leurs droits les Conseils ruraux que le régime défunt n’avait illégalement déchus de leurs mandats que pour de se donner la possibilité, par le truchement deDélégations complices, de spolier les terres sur lesquelles ses ouailles à l’appétit foncier insatiable avaient jeté leur dévolu.
Un peuple continuellement trahi
Aucun des discours sur une nécessité d’apaisement du climat social et des appels au «pardon» ne devrait prospérer et servir de prétexte ou d’alibi pour entraver la poursuite rigoureuse de cette opération reconnue par tous comme l’expression d’une demande sociale forte et comme une action de salubrité publique rédemptrice dont le dénouement conditionne la résolution des problèmes pressants d’éducation, de santé, de sécurité, d’agriculture, d’infrastructures et d’emplois.
En conclusion, il faut constater que les dernières élections présidentielles et législatives ont été grosses de surprises et de révélations qui ont prouvé que sur la trajectoire de notre avenir à construire, l’émergence d’une nouvelle conscience politique et citoyenne a fait naître tous les rêves et tous possibles.
La percée vertigineuse d’un nouveau cadre et d’une dynamique originale incarnée par Bës-Du-Niakk a été l’élément principal qui est venu changer toutes les donnes et bouleverser tous les calculs, tournant en dérision tant et tant d’analyses et de conjectures prétendument expertes.
Désormais, le Mouvement de El Hadj Mansour Sy Jamil se positionne comme l’incontournable arbitre de tout le jeu politique en devenant, par la force des choses, le catalyseur des attentes de millions d’indignés dont le désespoir grandissant renforce en chaque citoyen le sentiment de malédiction qui frappe un pays continuellement trahi par sa classe politique et dont il est en droit et en voie de se débarrasser sans dire gare ! en improvisant, au besoin, ses propres «Takhrir».
Autant dire que ces législatives ont présagé d’un avenir des meilleurs pour un mouvement citoyen qui s’offre comme une soupape de sécurité en indiquant à tous la voie à emprunter : celle de la foi, de l’engagement, de la fermeté et du désintéressement arpentée depuis 2002 par son leader qui avait déjà prémonitoirement sonné l’alerte sur les dangers que le régime de Wade faisait courir au Sénégal et avait choisi de s’opposer à celui-ci en dépit des risques qu’une telle témérité avait comporté pour lui face à un pouvoir aux abois et prêt à tout pour réaliser son rêve chimérique de rester au pouvoir cinquante années encore.
Ce choix de Jamil a démontré sa pertinence pour avoir été expéditif sur la déchéance du ci-devant régime tout en démontrant qu’il n’y a d’homme que celui qui choisit. Qui décide de son choix. Fut-ce injustement, fut-ce arbitrairement. On ne fait quelque chose de bon qu’à ce prix : en choisissant - brutalement au besoin - une allée bien droite dans le jardin des hésitations.
Cheikh Tidiane DIOP
*Bës-Du-Niakk : littéralement en wolof : «un grand jour pointe à l’horizon.»

















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